Entretien avec Françoise Genova

 Françoise Genova , ENS Fontenay Sciences (mathématiques), promotion 1975

 

Strasbourg par un dimanche après-midi printanier où piétons et cyclistes recherchent la fraîcheur des bords de l’Ill. Nous nous entretenons autour d’une tasse de thé.

Françoise Genova est née en Algérie dans les années 50. L’année de ses huit ans, sa famille s’installe à Marseille, où elle fera toute sa scolarité jusqu’aux classes préparatoires du lycée Thiers. Une grand-mère institutrice, une mère laborantine : dans sa famille, les femmes font des études. Lorsque je lui demande comment ce choix des classes préparatoires s’est imposé, elle ne met en avant ni ses professeurs du secondaire, ni ses parents, qui ne l’ont pas vraiment encouragée à emprunter cette voie, mais la sœur d’une amie qui avait elle-même intégré Fontenay…

En 1975, Françoise réussit le concours d’entrée à Fontenay. Lors de l’entretien d’accueil organisé par la directrice-adjointe, Mme Delavault, avec les nouvelles arrivantes, elle demande à passer dans la section physique plutôt que de rester en maths. Refus des autorités, il y a déjà eu trop de telles demandes cette année-là… Elle explique aussi qu’elle veut faire de l’enseignement à l’université ou de la recherche, la réponse est qu’elle est au bon endroit pour cela. Dès la fin de sa première année, elle effectue un stage au Laboratoire d’Astrophysique Spatiale de Marseille. Ce stage va la déterminer encore davantage à s’orienter vers la recherche. Les laboratoires de recherche en maths pures lui paraissent trop peu accueillants pour la gent féminine et les maths appliquées sont encore peu développées à l’époque… C’est vers l’astrophysique qu’elle se dirigera. En parallèle avec sa maîtrise de maths, elle suit des cours d’astrophysique. Elle consacre sa troisième année au DEA d’astrophysique et au CAPES, puis commence, en quatrième année, une thèse de IIIe cycle. L’ENS lui accorde une cinquième année pour la terminer. Puis une année sans traitement, dans l’attente d’un poste stable en recherche. Son stage de CAPES est également repoussé, puis abandonné car en 1981 elle obtient un poste d’attachée de recherches au CNRS.

Lorsque je lui demande ce qui a marqué ses années à Fontenay, Françoise mentionne une écoute précieuse de la part de la directrice-adjointe et de la directrice, une grande liberté de choix, et puis l’offre culturelle de la région parisienne. Cinéphile, elle fréquente avec boulimie toutes les salles du Quartier latin et s’occupe du ciné-club de l’École. Elle se plonge aussi avec délices dans la bibliothèque de Fontenay et, lors de l’entretien, me fait l’article pour les Mémoires de Saint-Simon que j’avoue n’avoir jamais lues… Elle quitte l’internat au cours de sa quatrième année et garde des liens avec quelques copines de Fontenay. Elle me dit aussi avoir parfois caché son appartenance à Fontenay lorsque, se trouvant dans un groupe de TD à l’université, elle ne souhaitait pas être étiquetée trop « polar » par les autres étudiants !

Françoise conclut en disant : « Fontenay laisse des chemins ouverts ». Elle a commencé sa carrière par l’étude des émissions radio des planètes géantes à l’Observatoire de Paris, et l’a poursuivie pendant quelques années au Centre National d’Études Spatiales, où elle s’est occupée des expériences spatiales françaises d’astronomie. Elle est actuellement directrice du Centre de Données Astronomiques implanté au sein de l’observatoire de Strasbourg. Créé au début des années 1970, le C. D. S. contribue à la production et à la diffusion de services en ligne pour l’astronomie. Ses missions principales consistent à collecter l’information, à la soumettre à une évaluation critique, à en diffuser les résultats auprès de la communauté internationale et à conduire des recherches utilisant ces données. Le C. D. S. a acquis une renommée mondiale dans le cercle des astronomes.

Propos recueillis à Strasbourg le 16 juin 2013 par Danielle Alloin