L’évolution des ÉNS Par Francis Dubus

Francis Dubus
Promotion 1953, Sciences, Saint Cloud

En ce 20 juillet 2014, Francis Dubus, directeur de l’ÉNS Saint-Cloud de 1977 à 1985, me rend visite afin que nous finalisions sa contribution, en tant qu’ancien directeur, aux Mémoires des ÉNS. Le passage du Tour de France dans la région, coupant les routes, nous a alors offert le moment de tranquillité nécessaire à la réalisation cette tâche! Danielle Alloin

 

D.A : Quelle était donc la situation de l’ÉNS de Saint-Cloud en 1977 ?

F.D. :

J’ai été nommé directeur de l’ÉNS de Saint-Cloud dans les conditions suivantes.

Jacques Butterlin, géologue, était directeur depuis une dizaine d’année. Il présenta sa démission pour être nommé conseiller scientifique à l’Ambassade de France à Mexico. La vacance de son poste fut publiée au Bulletin Officiel de l’Éducation Nationale (B.O.E.N.) et c’est ainsi que j’en pris connaissance. Michel Huby, germaniste, était alors directeur-adjoint. Il présenta également sa démission pour la rentrée 1977, ne souhaitant ni continuer à assumer cette fonction, ni être candidat à celle de directeur. La vacance de sa fonction ne fut pas publiée. Je me suis alors informé auprès de Jacques Butterlin de la situation de l’École et de son avenir, ainsi que des conditions de nomination de son successeur. Jacques Butterlin avait fait adopter de nouveaux statuts, tout juste entrés en application: nomination du directeur par le Ministre d’après deux listes de deux noms de candidats, l’une établie par l’assemblée des présidents de section du Comité Consultatif des universités concernées, l’autre par le Conseil Supérieur de l’Éducation Nationale (É.N.). A sa connaissance aucune candidature ne s’était encore manifestée, la nomination du nouveau directeur était donc une question ouverte.

Les missions de l’École avaient été adaptées progressivement aux besoins de l’É.N. :

  • Préparation aux agrégations scientifiques et littéraires.
  • Activités de recherche scientifique comme dans tout établissement de l’enseignement supérieur.
  • Par ailleurs, l’École contribuait à la formation continue des enseignants des premier et second degrés par l’intermédiaire de trois centres pédagogiques : centre audiovisuel (CAV), centre de recherche et de diffusion du français (CREDIF), centre d’études et de recherche pour le développement (CREFED). En pratique, chacun de ces centres avait une vie autonome, sans aucun lien avec les autres, ni avec les élèves de l’École issus du concours annuel, ni avec les préparations à l’agrégation. Ces centres pédagogiques occupaient une partie notable des locaux de l’École et une fraction importante du personnel enseignant, ingénieur et technicien.

Le fonctionnement de l’École était assuré dans des locaux insuffisants et inadaptés qui rendaient la vie quotidienne difficile.

Ainsi, la tâche s’annonçait importante, difficile, mais exaltante. Je décidais donc de présenter ma candidature avec comme objectifs de valoriser le passé de l’École, de gérer le présent et de préparer l’avenir.

Au total, trois candidatures furent déposées dont la mienne. Je figurais en numéro un sur la première liste et en numéro deux sur la seconde. Seul candidat figurant à la fois sur les deux listes, c’est donc normalement que je fus nommé par le Ministre directeur de l’École à la rentrée de 1977 et pour un mandat d’une durée de cinq ans.

Le centenaire de l’École interviendrait en 1982, il était essentiel de fêter dignement cet évènement et de mettre en valeur l’ensemble des services rendus par l’École depuis un siècle.

 

D.A. : Quels étaient alors les perspectives d’avenir pour l’École?

F.D. :

Préparer l’avenir était bien entendu une tâche essentielle pour le nouveau directeur.

La question avait été posée dès 1939 lorsque la construction du tunnel de Saint-Cloud (autoroute de l’ouest) amputa l’École d’une partie de ses locaux et de ses terrains. Sur ses autres limites, l’École était bornée par le parc national de Saint-Cloud, zone non edificandi. En outre, l’augmentation progressive des effectifs des élèves et des missions de l’École nécessitait la création de locaux supplémentaires.

Chacun comprenait que la reconstruction ou l’extension de l’École ne pouvaient avoir lieu sur place. Pendant les décennies 50, 60 et 70, plusieurs implantations avaient été suggérées en région parisienne, notamment près de Versailles, à Saint-Quentin en Yvelines. Mais aucune d’elles ne fit l’objet d’un consensus. Le ministère proposa alors la reconstruction de l’École en province. Plusieurs villes universitaires furent plus ou moins envisagées avec Jacques Butterlin. Mais c’est le principe même de la reconstruction en province qui se heurta à une forte opposition interne. Finalement, en 1975, la DATAR (direction de l’aménagement du territoire et de l’action régionale) décida d’un transfert à Lyon. L’opposition redoubla.

Notons qu’initialement, il était envisagé le transfert à Lyon de l’ensemble des activités scientifiques, littéraires et pédagogiques. Les littéraires objectèrent que, sans la proximité des bibliothèques et des lieux culturels parisiens, ils ne seraient pas en mesure d’exercer correctement leurs missions. Quant aux centres pédagogiques, ils s’installèrent dans un conservatisme absolu, résumé par l’un de ses membres, dans l’aphorisme : « Si Saint-Cloud n’est plus à Saint-Cloud, ce ne sera plus Saint-Cloud » !

L’argument de l’absence d’un environnement scientifique n’était évidemment pas valable pour la région Rhône-Alpes, largement pourvue en universités,  grandes écoles scientifiques et laboratoires de recherche publics et privés. Il fut alors envisagé, pour donner de la consistance au projet, de décentraliser l’ensemble des sections scientifiques des ÉNS de Saint-Cloud, Fontenay et Cachan. Cette dernière présenta une objection importante en considérant qu’une proximité de ses sections scientifiques avec celle des techniques industrielles était une nécessité pédagogique. Finalement le projet arrêté fut celui de décentraliser les activités scientifiques des ÉNS de Saint-Cloud et Fontenay, d’autant que la directrice de cette dernière le souhaitait fortement en vue de se limiter aux seules activités littéraires.

C’est dans ces conditions que je fus convoqué par la Secrétaire d’État aux enseignements supérieurs, immédiatement après ma nomination à la direction de Saint-Cloud. Le projet arrêté me fut notifié et il me revenait de le mettre en œuvre. Je fus chargé d’élaborer un plan pédagogique (détail des locaux à construire), de proposer un architecte et, au préalable, de suggérer un site d’implantation dans la région lyonnaise.

 

D.A. : Quel choix d’orientations scientifiques pour cette École revisitée ?

F.D. :

Le directeur de la recherche au ministère en 1981, Mr Descomps,  souhaitait que l’on définisse des orientations scientifiques précises (telles que les neurosciences…) pour cet établissement restructuré. Jean Giraud fut choisi par lui pour faire des propositions en ce sens. Elles n’aboutirent pas. En fait, la recherche scientifique ne se prédit pas à court terme. Les résultats, les découvertes, se présentent sur le moyen terme et le long terme. C’est pourquoi je défendis l’idée qu’il était préférable de fonder l’avenir de la recherche à l’ÉNS de Lyon sur le choix de chercheurs confirmés ou prometteurs auxquels on offrirait un lieu, un cadre et des moyens. Tout au plus fut-il reconnu que l’environnement des laboratoires industriels de Gerland, appelés à se développer, justifiait de privilégier notamment les recherches en biologie et en biochimie.

Pour les activités d’enseignement, il était normal de transférer les sections de préparation des agrégations des deux ÉNS: mathématiques, physique et chimie, sciences naturelles. On y ajouta la préparation à l’agrégation de biochimie dont il n’existait qu’un centre à l’ÉNS de Cachan. J’avais également proposé, pour compléter la préparation aux agrégations scientifiques, de prévoir la préparation à l’agrégation de mécanique générale. Mon successeur ne donna pas suite.

Pour toutes ces activités, j’avais prévu de développer l’outil informatique : en particulier un terminal dans chaque chambre d’élève, connectable à la bibliothèque de l’Ecole.

On en déduisait « un plan pédagogique », c’est-à-dire un descriptif des locaux nécessaires pour accueillir les activités d’enseignement et de recherche pour les domaines scientifiques retenus. On aboutissait alors à une prévision de construction de 15000 m2.

 

D.A. : Comment se fit la sélection du site à Lyon ?

F.D. :

Je fus mis en relation avec l’ADERLY (association régionale pour le développement de la région lyonnaise). Quatorze sites différents me furent proposés à Lyon et dans sa banlieue, que j’explorais en détail.

Le choix se fit sur trois critères principaux :

(a) communications faciles avec les établissements d’enseignement supérieur de la région Rhône-Alpes, essentiellement Lyon et Grenoble, mais aussi Saint- Etienne et Lausanne.

(b) implantation dans un site urbain pour faciliter la vie des étudiants logés. L’École ne pouvait être tel un monastère de la pensée isolé en banlieue.

(c) possibilité d’extensions ultérieures.

Trois sites furent rapidement reconnus comme répondant plus ou moins à ces trois critères :

  • Lyon Part Dieu (le TGV n’était pas encore construit en 1977).
  • Villeurbanne près de l’Université de Lyon 2 à l’est.
  • Le site des abattoirs de Gerland au sud.

En définitive, c‘est ce dernier qui fit l’objet d’un consensus. Certes, le quartier n’était pas encore suffisamment urbanisé à cette époque, mais l’ADERLY avait développé tout un projet pour cela. L’École devenait la « locomotive » de ce projet d’urbanisation. De plus, une ligne de métro devait ultérieurement passer à proximité. C’était donc un pari sur l’avenir.

Comme souvent en de telles circonstances c’est la ville de Lyon qui mit gratuitement le terrain à notre disposition.

 

D.A. : Et en ce qui concerne les financements ?

F.D :

Le ministère consacra l’ensemble de sa dotation d’une année en crédits de construction pour le projet de d l’École ! Cependant, cela n’y suffisait pas. D’autres sources de financement durent être recherchées :

  • Comme déjà mentionné, la ville de Lyon offrait le terrain.
  • Les locaux dédiés à la recherche furent subventionnés pour 4000 m2 par la région Rhône-Alpes et le département du Rhône.
  • Le ministère estimait qu’il n’était pas de son rôle de financer la résidence des élèves, dès lors qu’il versait déjà à ceux-ci un salaire de professeur- stagiaire. Pourtant une résidence était nécessaire pour développer une vie communautaire, comme dans les autres ÉNS. Ce fut l’office de construction des HLM de la ville de Lyon qui prit en charge le projet de résidence, les élèves constituant un public de locataires solvables.
  • Le ministère se refusait également à financer un grand amphithéâtre à usages multiples (assemblées générales des élèves, colloques, congrès et expositions scientifiques, activités culturelles, etc…). Il fut reconnu localement que cet amphithéâtre était une nécessité et c’est la ville de Lyon qui en assura le financement.

 

D.A. : Comment réagirent les personnels ?

F.D. :

Le ministère, qui gère les emplois de fonctionnaires, avait de longue date annoncé une politique libérale et humaniste : aucun membre des personnels affectés aux ÉNS parisiennes (Saint-Cloud et Fontenay) ne serait transféré à  l’ÉNS de Lyon sans sa demande expresse, les autres seraient transférés dans l’un des établissements d’enseignement supérieur qui leur seraient proposés dans la région parisienne ou ailleurs. Peu demandèrent leur mutation à Lyon et ceci pour des raisons diverses : famille, logement, proximité de la retraite ou simplement refus d’un avenir qui les inquiétait. Pourtant la ville de Lyon avait offert des possibilités de relogement.

Trois enseignant-chercheurs de Saint-Cloud franchirent le pas : Jean Giraud, professeur de mathématiques, Bernard Bigot, alors maître-assistant de chimie, et Gilbert Brun, maître–assistant de biochimie. Ces derniers avaient la perspective d’être nommés professeurs d’université rapidement.

Peu de personnels administratif ou technique se sentirent motivés par un transfert. Parmi eux, Bernard Sebire et son épouse, concierges du bâtiment de Valois dans le parc, acceptèrent et devinrent concierges de l’ÉNS de Lyon. Beaucoup de ces personnels demeurèrent au sein de l’ÉNS de « Saint-Cloud-Fontenay » pour les littéraires (maintenue à Saint-Cloud et à Fontenay) et au sein des centres pédagogiques. Au total, le projet de transfert à Lyon n’engendra aucune situation individuelle dramatique. Il revenait au ministère de gérer les emplois vacants ou créés, sur une longue période, dans les années précédant ou suivant le transfert.

S’agissant des enseignants-chercheurs, le ministère publia vacants à l’ÉNS de Saint-Cloud différents emplois, avec la condition d’un transfert ultérieur à Lyon. Ce sont les commissions de spécialistes de l’ÉNS de Saint-Cloud, élargies à des enseignant-chercheurs de la région Rhône-Alpes qui eurent à faire les choix.

A postériori, on peut dire qu’il y eut peu de décentralisation des activités de recherche scientifique de Saint-Cloud vers Lyon et que ces dernières relèvent en fait d’une création nouvelle.

 

D.A. : Pouvez-vous nous dire quelques mots  à propos du projet architectural ?

F.D. :

Une fois le projet pédagogique de la construction adopté et les divers financements assurés, un concours d’architectes fut ouvert par le service constructeur du rectorat de Lyon. Un jury d’une douzaine de personnes représentant les parties concernées fut constitué. Un  premier tour du concours fut organisé sur présentation d’esquisses : le succès fut important avec 24 projets présentés. Trois d’entre eux furent retenus.

Une seconde étape, avec présentation de maquettes par les trois lauréats, se déroula au deuxième semestre de 1981. Celui-ci faillit ne pas avoir lieu ! En effet, entre les deux tours, eurent lieu élections présidentielles et législatives. Le changement de majorité politique donna un regain d’espoir aux opposants pour faire annuler le projet. Mais c’était ignorer la puissance du lobby universitaire et politique de la région Rhône-Alpes qui fit prévaloir l’intérêt du projet pour le développement de la région, comme l’avait fait la DATAR en 1975. Il y avait, de plus, le poids de l’administration d’État qui assure la continuité de ses projets, notamment lorsqu’ils sont déjà financés. L’intersyndicale de l’École dut s’incliner. Un nouvel argument fut alors avancé : Lyon aurait une sixième ÉNS, Saint-Cloud demeurant sur place. Là encore le ministère fit prévaloir qu’il ne lui était pas possible de créer de toutes pièces une sixième ÉNS, pour des raisons financières et sans la nécessité de renforcer le réseau des ÉNS. Une ultime charge fut lancée par l’intersyndicale, résumée par l’expression « Soit, mais pas lui ». En clair il était demandé que le directeur de l’ÉNS de Saint-Cloud ne soit pas le futur directeur de l’ÉNS de Lyon. Ce fut une petite victoire pour les opposants qui eurent ainsi une victime expiatoire. Je n’ai évidemment pas été associé à ces discussions de l’ombre. Ce n’est que quelques années plus tard que j’en fus indirectement informé.

Le projet de construction pouvait donc se poursuivre. Le jury du concours choisit, sur ma proposition, le projet de l’architecte Dubois. Celui-ci satisfaisait au mieux les objectifs annoncés : intégration au quartier, en particulier harmonisation avec la Halle Tony Garnier, insertion dans la ville avec une rue traversant l’École ouverte au public, et, à l’interne, communication aisée entre les laboratoires d’enseignement et ceux de recherche.

Le projet prit corps avec de multiples réunions de travail à Lyon, avec l’architecte et les représentants de l’ADERLY, pour élaborer le détail des plans de construction, conformément au plan pédagogique. Vint ensuite la période de l’appel d’offres aux entreprises et le choix de celles-ci par un jury présidé par le recteur, maitre d’ouvrage, jury auquel je participais.

La traditionnelle cérémonie de la pose de la première pierre eut lieu en 1984, avec une large publicité médiatique et invitation de nombreuses personnalités. Le Ministre Jean-Pierre Chevènement la présidait. Il se passa à cette occasion un évènement singulier. Le jour de la cérémonie, un journal lyonnais parut avec toute une page consacrée au « futur » directeur de l’établissement: il s’agissait du conseiller scientifique de la région Franche-Comté présidée par le Ministre ! Les directeurs des ÉNS de Saint-Cloud et de Fontenay étaient marginalement invités à la cérémonie, préludant leur mise à l’écart de la future École. Cette initiative du Ministre ne fut pas du goût des universitaires Rhône-alpins qui avaient aussi leur petite idée sur le sujet. Ainsi donc, le projet de la nouvelle ÉNS, devenu crédible, suscitait des appétits.

 

D.A. : Comment s’acheva cette intense période d’activité pour vous ?

F.D. :

Je fus ulcéré du procédé, d’autant que je fus informé plus tard, indirectement et fortuitement, du pacte de nature politique passé entre l’intersyndicale de l’École et le ministère pour m’écarter de la direction du futur établissement.

En 1985 je pris la décision de démissionner de la direction de l’ÉNS de Saint-Cloud. Je considérais que ma mission, qui était de conduire ce projet depuis un état de néant en 1977 jusqu’à la sortie de terre des murs en 1985, avait atteint un état d’irréversibilité. La suite ne pouvait qu’être menée à terme sous la direction de l’architecte Dubois et la supervision du rectorat, maître d’ouvrage.

L’ouverture de l’École était prévue quelques années plus tard (elle le fut en 1987). Devant tant d’appétence pour diriger cette École, notamment par les universitaires Rhône-alpins, ma participation n’était plus indispensable. Pour certains elle était une gêne. Après huit années consacrées au projet, pour son initialisation et son développement, je pouvais laisser à un successeur un peu de la tâche à accomplir dans la phase finale.

Le directeur des enseignements supérieurs me convoqua et m’incita à revenir sur ma décision jusqu’à la fin de la construction. On me promettait pour la suite  un poste de recteur… ! Je trouvais cela indigne. Je fis prévaloir mon droit de retourner sur mon emploi de professeur à l’université de Nice, dont j’avais été détaché en 1977.  Après une année sabbatique, accordée par ma section du CCU (et non par le ministère), je retournais dans le laboratoire de signaux et systèmes que j’avais fondé à Nice et qui avait continué à se développer avec mes collègues. Il était devenu équipe associée au CNRS l’année de mon départ.

Ainsi se terminait ma contribution au projet inachevé de décentralisation, reconstruction, mixité, et aux missions nouvelles de l’ÉNS de Lyon, avec l’héritage des ÉNS de Saint-Cloud et de Fontenay.

 

D.A. : Et la suite de cette aventure?

F.D. :

On la connait : les élèves scientifiques issus des concours d’entrée des ÉNS de Saint-Cloud et Fontenay de 1987 sont entrés à l’ÉNS de Lyon à son ouverture. Les autres élèves et les matériels y furent transférés l’année suivante.

Le ministère restructura l’ensemble des ÉNS :

  • Une ÉNS littéraire fut créée, rassemblant les sections littéraires de Saint-Cloud et de Fontenay. La directrice de Fontenay en prit la direction. [Devenue ÉNS littéraire et sciences humaines, elle sera ensuite délocalisée à Lyon en 2000, avec la dénomination0 ÉNS LSH, sous la gouvernance de Sylvain Auroux qui en avait été nommé directeur en 1995.]
  • L’ÉNS de Lyon fut créée par décret et un administrateur provisoire fut nommé : Guy Aubert. Celui-ci était à la fois un scientifique de renom, ce qui satisfaisait la communauté universitaire, un professeur de l’Université de Grenoble qui avait la confiance des universitaires Rhône-alpins, et un ancien élève de l’ÉNS de Saint-Cloud ce qui garantissait une certaine continuité de l’établissement. Ce fut un choix auquel j’adhérais pleinement. Bernard Bigot, transféré de l’ÉNS de Saint-Cloud, fut nommé directeur des études.

L’ÉNS de Lyon était donc au départ dans de bonnes mains.

Après la publication du décret de janvier 2010 créant un seul établissement avec les deux ÉNS (ÉNS LSH et ÉNS de Lyon), on pouvait considérer que la réforme de nos Écoles était achevée : décentralisation, reconstruction, mixité, restructuration et nouvelles orientations de recherche et enseignement. Entreprise à la fin des années 70, il aura fallu près d’un tiers de siècle pour la mener à terme.

Depuis, l’ÉNS de Lyon réunifiée a montré sa vitalité. Ses performances en ont fait d’emblée une ÉNS de premier ordre dans le paysage universitaire Rhône- alpin, national et international. C’est évidemment une réussite, n’en déplaise aux détracteurs du projet des années 70.

Observons que, chemin faisant, la réforme des ÉNS de Saint-Cloud et Fontenay a entraîné celle des Écoles de Paris : fusion pure et simple de l’ÉNS de jeunes gens de la rue d’Ulm avec celle de jeunes filles du boulevard Jourdan ; la non-mixité des ÉNS était depuis longtemps un anachronisme indéfendable.

Cependant, trois questions importantes au moins, communes aux trois ÉNS de Paris, Lyon et Cachan, demeurent :

  • L’engagement pour les élèves de servir l’État pendant dix années, contre un statut de professeur-stagiaire pendant leurs quatre ou cinq années d’études.
  • La non-mixité sociale du recrutement, après la fin de « l’ascenseur social » caractéristique des ÉNS de Saint-Cloud et de Fontenay.
  • La place des ÉNS en tant que grandes écoles recrutant par concours, dans le paysage universitaire français dual (universités et grandes écoles).

En toute hypothèse, le recrutement et la formation des élites pour les grands établissements publics et privés du pays demeurera une nécessité. Encore faudra-t-il veiller à garantir l’égalité des chances pour y accéder.